Exposition au phloroglucinol au début de la grossesse et risque de malformations congénitales majeures
Contexte et objectifs
Le phloroglucinol est un médicament spasmolytique largement prescrit en France pour traiter les douleurs gastro–intestinales ou pelviennes, et fréquemment utilisé pendant la grossesse malgré des données limitées concernant son innocuité. Notre objectif était d’évaluer l’association entre l’exposition au phloroglucinol au cours du premier trimestre de grossesse et le risque de malformations congénitales majeures (MCM) dans une cohorte nationale.
Méthodes
À partir des données du registre national EPI-MERES issu du Système national de données de santé (SNDS), nous avons recensé toutes les grossesses ayant pris fin après 22 semaines d’aménorrhée entre 2010 et 2022, en excluant les femmes ayant consommé du phloroglucinol au cours de l’année précédant la grossesse. Nous avons comparé les risques associés à 68 sous–types de malformations congénitales majeures (MCM) en fonction de l’exposition au cours des semaines de grossesse 3 à 12. Les rapports de cotes ajustés (aOR) ont été estimés à l’aide d’une régression logistique tenant compte des caractéristiques sociodémographiques, médicales et liées à la grossesse de la mère. L’interprétation s’est appuyée sur l’ampleur de l’effet (aOR > 1,30) et la cohérence observée dans les analyses de sensibilité.
Résultats
Sur 6 233 539 grossesses, 1 024 369 (16,4 %) ont été exposées au phloroglucinol. 19 635 cas de malformations congénitales majeures chez les enfants exposés au phloroglucinol et 91 693 chez ceux non exposés (aOR global : 1,05 ; IC à 95 % : 1,04–1,07) ont été recensés. Six malformations rares ont présenté des estimations de risque élevées isolées : la sténose tricuspidienne (OR ajusté 1,37, IC à 95 % : 0,96–1,94), l’anomalie d’Ebstein (OR ajusté 1,43, IC à 95 % : 0,99–2,06), le ventricule gauche à double sortie (OR ajusté 1,60, IC à 95 % : 0,83–3,09), le sexe indéterminé et le pseudohermaphrodisme (OR ajusté 1,32, IC à 95 % : 1,05–1,66), l’anencéphalie et les malformations similaires (OR ajusté 1,55, IC à 95 % : 0,95–2,52), et l’arhinencéphalie/holoprosencéphalie (OR ajusté 1,90, IC à 95 % : 0,97–3,72). Toutefois, ces résultats n’ont pas été confirmés par toutes les analyses de sensibilité.
Conclusion
Dans cette vaste cohorte nationale, l’exposition au phloroglucinol au cours du premier trimestre de grossesse n’a pas été associée à une augmentation cliniquement significative du risque de malformations congénitales majeures.
Meyer, A. et al. (2026), Drug Safety