Recours aux systèmes de pompe à insuline externes à domicile en France entre 2010 et 2024
La prise en charge du diabète insulino-traité a connu d’importantes avancées au cours de ces dernières décennies grâce, notamment, aux évolutions technologiques dans le domaine des pompes à insuline externes portables. Dispositifs médicaux (DM) reliés en permanence au patient, elles assurent une administration continue d’insuline par voie sous-cutanée et sont utilisées pour améliorer l’équilibre glycémique par rapport aux injections ponctuelles. Cependant, ces systèmes présentent des contraintes liées à la technicité de l’appareillage et à la nécessité d’une formation adaptée. En France, leur utilisation est très encadrée : l’initiation se fait dans des centres habilités et est suivie d’un accompagnement technique à domicile assuré par un prestataire de services et distributeurs de matériel (PSDM) ou un pharmacien d’officine.
Ce travail s’inscrit dans un programme d’étude dont l’objectif était de dresser un état des lieux de l’utilisation des pompes à insuline externes à domicile en France. Le premier volet concerne la description des évolutions temporelles de l’utilisation entre 2010 et 2024. Le second volet décrit le type de pompes utilisées et le contexte d’appareillage ainsi que les caractéristiques sociodémographiques et médicales des patients en 2024.
Volet 1 : Évolutions temporelles à partir des données du SNDS
Chez les adultes, la forte augmentation de l’utilisation des pompes à insuline en vie réelle (doublement des taux entre 2010 et 2024) est cohérente avec les données disponibles à l’étranger chez les diabétiques. Les utilisateurs étaient plus jeunes que la population globale des diabétiques insulino-traités, et l’incidence d’utilisation des pompes diminuait avec l’âge. La faible utilisation chez les diabétiques plus âgés pourrait être liée à des limitations cognitives ou physiques associées au vieillissement, à la complexité technologique, et/ou à une préférence pour le maintien de protocoles thérapeutiques maîtrisés déjà en place, comme les stylos pré-remplis d’insuline. La faible part d’appareillage parmi les patients diabétiques traités par ADO était cohérente avec le faible pourcentage observé chez les utilisateurs de pompes dans les classes d’âge les plus avancées (environ 3% en 2024).
Les femmes utilisaient les pompes plus fréquemment que les hommes, avec des différences importantes en particulier dans les classes d’âge jeunes. Cette tendance s’expliquerait par une meilleure acceptation psychologique chez les femmes et une plus forte implication des technologies connectées dans la gestion du diabète en particulier chez les plus jeunes.
Enfin, on observait un gradient dans l’utilisation des pompes selon le niveau de désavantage social, qui se creusait avec le temps. Les adultes diabétiques des communes les plus aisées utilisaient davantage de pompes que ceux des communes défavorisées, avec un impact plus marqué du statut économique chez les femmes que chez les hommes. Plusieurs hypothèses pourraient expliquer le lien entre la défavorisation sociale et une moindre utilisation des pompes à insuline, comme l’accès plus limité aux soins spécialisés ou aux technologies de santé les plus récentes. Les disparités sociales sont plus importantes encore car outre le moindre accès aux soins, le désavantage social serait aussi associé à une détérioration du taux d’HbA1C.
Chez les enfants et adolescents, l’adoption massive des pompes est cohérente avec les recommandations internationales en pédiatrie. En effet, les pompes permettent un meilleur contrôle glycémique, apportent une meilleure flexibilité dans la gestion de la maladie et une amélioration de la qualité de vie des enfants. Dans notre étude, la couverture dépassait 80% chez les enfants de moins de 11 ans en 2024, traduisant une forte intégration des pompes dans la prise en charge du diabète principalement de type 1 en pédiatrie ce qui est cohérent avec les indications en France. Les jeunes filles présentaient des taux d’appareillage supérieurs aux garçons en particulier chez les adolescentes. Une des hypothèses serait que ces dernières percevraient davantage la pompe comme une source d’autonomie et de réduction du fardeau psychologique. Enfin, même si l’accès aux pompes restait globalement satisfaisant, les enfants des communes les plus aisées étaient plus nombreux à être équipés que ceux des communes défavorisées, montrant une persistance des inégalités.
Volet 2 : Description des utilisateurs en France en 2024 à partir des données du SNDS
Cette étude nationale, portant sur plus de 110 000 patients appareillés en 2024, montre que la France a atteint un fort niveau de diffusion des pompes à insuline (pour rappel presque 70% des enfants diabétiques et 10% des adultes diabétiques sont appareillés). Les profils des utilisateurs français varient selon le type de pompe : les patchs non autonomes sont majoritaires et privilégiés à l’initiation traduisant leur simplicité d’usage tandis que les systèmes intégrés dans une boucle semi-fermée sont peu représentés en raison du recul limité lié à leur prise en charge récente par l’assurance maladie et de leur indication réservée aux patients diabétiques de type 1 dont l’objectif glycémique n’est pas atteint malgré une insulinothérapie bien conduite par pompe à insuline. Des inégalités socio-économiques sont également mises en évidence avec une sous-représentation des populations défavorisées.
Les résultats de cette étude montrent que les patchs non autonomes restent les systèmes les plus utilisés, chez l’ensemble des diabétiques insulino-traités. Les systèmes de boucle semi-fermée concernent un patient diabétique sur cinq. Ces systèmes sont uniquement pris en charge par l’assurance maladie chez les patients diabétiques de type 1 dont l’objectif glycémique n’est pas atteint malgré une insulinothérapie bien conduite par pompe à insuline. Cependant, en vie réelle, 10% des adultes ayant un système de boucle semi-fermée étaient sous ADO. La proportion d’utilisateurs de pompes à insuline parmi les diabétiques insulino-traités en 2024 était globalement de 9,3% chez les adultes alors qu’elle était de 71,8% chez les enfants. Les données de la littérature ont montré le bénéfice des pompes à insuline comparés aux multi-injections d’insuline sur la réduction du taux d’HbA1C, du risque d’hypoglycémie sévère et d’acidocétose diabétique ainsi que leurs bénéfices cardiovasculaires et un impact favorable sur la mortalité.
Les profils des patients varient fortement selon le type de dispositif. Les systèmes utilisés de boucle semi-fermée sont davantage utilisés par des patients jeunes, ce qui suggère une prescription orientée par la capacité des patients à utiliser les nouvelles technologies et à en tirer un bénéfice maximal mais aussi une gestion plus simplifiée pour les parents. À l’inverse, les systèmes non autonomes et en particulier les systèmes tubulaires concernent des patients plus âgés, masculins, avec plus de comorbidités (hypertension, obésité, maladies cardiovasculaires). Les patchs non autonomes sont prescrits à une population plus jeune et plus féminine en lien avec une question de plus grande commodité et probablement une meilleure acceptabilité sociale. Les patchs utilisés dans le cadre d’une boucle semi-fermée, remboursés récemment, étaient encore très peu diffusés en 2024.
Chez les nouveaux utilisateurs, ces contrastes sont plus marqués. La majorité des adultes et des enfants initient leur appareillage avec un patch non autonome, traduisant l’attractivité de ce dispositif. Les systèmes tubulaires utilisés dans le cadre d’une boucle semi-fermée restent marginaux à l’initiation (moins de 6% des adultes et 13% des enfants), leur prescription étant limitée pour l’instant en France, aux patients n’atteignant pas leurs objectifs glycémiques avec un système non autonome.
Évolutions temporelles à partir des données du SNDS
Description des utilisateurs en France en 2024 à partir des données du SNDS