Le 19 décembre 2018

Utilisation des inhibiteurs de la pompe à protons

Étude observationnelle à partir des données du SNDS, France, 2015.

Les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) sont des médicaments qui réduisent la sécrétion acide gastrique. Cinq molécules sont actuellement disponibles : oméprazole, pantoprazole, lansoprazole, rabéprazole, ésoméprazole.

 

Les IPP sont très largement utilisés, et leur consommation est croissante. Entre 2010 et 2015, en France, les ventes d’IPP ont augmenté d’environ 27%, atteignant plus de 85 millions en 2015.

 

Les IPP sont utilisés dans trois indications principales chez l’adulte : le traitement du reflux gastroœsophagien (RGO) et de l’œsophagite par RGO ; le traitement des lésions gastroduodénales dues aux antiinflammatoires non stéroïdiens (AINS) et la prévention chez les patients à risque (d’âge supérieur à 65 ans, ou ayant des antécédents d’ulcère gastroduodénal, ou traités par antiagrégant plaquettaire, anticoagulant ou corticoïde) ; et l’éradication d’Helicobacter pylori et le traitement des ulcères gastroduodénaux.

 

À ce jour, peu de données permettent de décrire l’utilisation des IPP à l’échelle nationale. Les études existantes ont été réalisées sur de petits nombres de patients, et sur des populations spécifiques en termes d’âge ou de prise en charge. Cette étude a donc consisté à décrire l’utilisation des IPP délivrés en ville sur prescription médicale, dans l’ensemble de la population française, en 2015. Cette étude observationnelle a été conduite à partir des données du Système national des données de santé (SNDS).

Les résultats montrent qu’en 2015, 15,8 millions de patients, soit près d’un quart de la population française (24%), ont utilisé au moins un médicament IPP obtenu sur prescription médicale. Près de la moitié (7,8 millions, soit 49%) étaient des utilisateurs incidents, c’est‐à‐dire qu’ils n’avaient pas consommé d’IPP dans l’année précédente. L’âge moyen des utilisateurs incidents d’IPP en 2015 était de 49 ans, et 56% étaient des femmes. Près de 8% étaient affiliés à la CMU‐C.

 

Cette utilisation ne semble pas toujours correspondre aux recommandations : le traitement par IPP était le plus souvent initié en prévention des lésions gastroduodénales dues aux AINS chez des patients sans facteur de risque identifiable, ou dans le RGO non objectivé par la réalisation d’une endoscopie digestive haute chez les sujets âgés.

 

Outre son caractère inapproprié, cette utilisation massive est potentiellement problématique en raison du risque de survenue d’effets indésirables, en particulier chez les patients âgés, souvent fragilisés dans un contexte de polypathologie et de polymédication, ou dans le cas de traitements au long cours.

 

 

Rapport

Uutilisation des inhibiteurs de la pompe à protons.

Article

Lassalle, M. et al. (2020). European Journal of Clinical Pharmacology, 76, 449‑457.