Le 9 juillet 2019

Exposition prolongée à des fortes doses d’acétate de cyprotérone et risque de méningiome chez la femme

Étude pharmaco-épidémiologique de cohorte à partir des données du SNDS.

L’acétate de cyprotérone est un progestatif de synthèse qui possède une puissante action anti-androgène et anti-gonadotrope.

 

Depuis 2007 des séries de cas de méningiome ont fait état de patients(tes) ayant utilisé de l’acétate de cyprotérone à des doses de 25 à 100 mg par jour et ayant eu un ou plusieurs méningiomes après 5 à 30 années d’utilisation.

 

Les premières publications concernaient des personnes transgenres en voie de féminisation avec un traitement hormonal, puis surtout des femmes traitées pour hirsutisme ou pour diverses pathologies gynécologiques ou dermatologiques bénignes et enfin quelques cas d’hommes traités pour un cancer de la prostate très évolutif ou une paraphilie. La présence connue de récepteurs hormonaux sur les méningiomes renforce la plausibilité biologique d’une association. Dans les séries de cas rapportés les méningiomes avaient été découverts à l’occasion de symptômes neurologiques comme des troubles visuels, des troubles du comportement, une hypoacousie, des maux de tête ou des crises comitiales.

Deux études épidémiologiques de très faible puissance ont donné des résultats contradictoires sur l’augmentation du risque méningiome chez les femmes exposées à l’acétate de cyprotérone.

 

L’acétate de cyprotérone dont l’indication de l’AMM est l’hirsutisme majeur est largement prescrit en France hors AMM pour une contraception et/ou un traitement d’acné, des dysfonctionnements ovariens, une hyperpilosité, une hyperandrogénie clinique modérée ou une alopécie androgénique. L’arrêt de l’acétate de cyprotérone a entrainé des régressions de volume des méningiomes ou des stabilisations permettant ainsi d’éviter des interventions neurochirurgicales d’exérèse ou de décompression. Cette étude a permis d’estimer en France sur la période 2006-2014 à 410 000 le nombre d’utilisatrices d’acétate de cyprotérone à forte dose (comprimés à 50 mg ou 100 mg).

 

L’étude a montré que l’exposition à l’acétate de cyprotérone à forte dose était fortement associée au risque de méningiome pris en charge en neurochirurgie ou en radiothérapie (risque multiplié par 7 dans la cohorte « incidente »). Il existait une forte relation dose-effet avec un risque multiplié par plus de 20 au-delà d’une exposition cumulée de 60 grammes, soit par exemple 5 ans de traitement à 50 mg par jour 20 jours par mois. Chez les femmes déjà exposées en 2006 il y avait aussi une forte relation dose-effet avec un risque de 4 pour 1000 personnes années pour le groupe le plus exposé en termes de dose cumulée avec un risque multiplié par 30.

 

Le risque qui régressait après un an d’arrêt de l’acétate de cyprotérone, fournit un argument supplémentaire en faveur d’une relation de nature causale.

Le risque qui régressait après un an d’arrêt de l’acétate de cyprotérone, fournit un argument supplémentaire en faveur d’une relation de nature causale.

 

Près de 30% des femmes avaient continué ou repris l’acétate de cyprotérone après chirurgie ou radiothérapie du méningiome, ce qui était devenu formellement contre-indiqué depuis 2011. En près d’une décennie (2007-2015) plus de 500 cas de méningiomes étaient attribuables en France chez la femme à une exposition prolongée à l’acétate de cyprotérone. Les méningiomes de l’étage antérieur de la base du crâne, de l’étage moyen de la base du crâne en général et de son tiers interne intéressant en particulier l’angle sphéno-orbitaire sont apparus très spécifiques d’une exposition à l’acétate de cyprotérone à forte dose.

Rapport

Exposition prolongée à de fortes doses d’acétate de cyprotérone et risque de méningiome chez la femme

Article

Weill, A. et al. (2021). BMJ, 372, n37.