Le 25 juin 2026

Traitement hormonal de la ménopause : Utilisation en France entre 2012 et 2025

Étude de l’utilisation du traitement hormonal de la ménopause en France entre 2012 et 2025 à partir des données du Système National des Données de Santé
Contexte

Le traitement hormonal de la ménopause (THM) est indiqué dans la prise en charge des symptômes climatériques et dans la prévention de l’ostéoporose chez les femmes ménopausées à risque fracturaire. Depuis la publication des résultats de l’étude Women’s Health Initiative (WHI) en 2002, son utilisation a fortement diminué dans les pays occidentaux en raison des risques accrus d’événements thromboemboliques veineux, cardiovasculaires et de cancer du sein mis en évidence dans ces données. Ces résultats ont conduit à un encadrement plus strict des indications en France, avec une recommandation d’évaluation rigoureuse, initiale et a minima annuelle, du rapport bénéfices/risques au regard des caractéristiques des femmes ménopausées (âge de survenue de la ménopause, délai depuis la survenue de la ménopause, présence d’antécédents cardiovasculaires ou de cancer notamment). En cas d’initiation d’un THM, les recommandations Françaises préconisent d’introduire le traitement le plus précocement possible après la ménopause à la dose minimale efficace pendant la durée la plus courte possible, avec une voie d’administration des estrogènes préférentiellement transdermique et en association avec la progestérone ou un dérivé.
L’objectif de notre étude était de décrire l’évolution de l’utilisation et des initiations de THM en France entre 2012 et 2025, de caractériser le profil des femmes initiant un traitement en 2024 et d’analyser les modalités de prescription.

 

Méthodes

Cette étude observationnelle a été réalisée à partir des données du Système National des Données de Santé (SNDS). Les femmes âgées de 40 à 70 ans ayant eu au moins une délivrance de THM entre 2012 et 2025 ont été incluses. Les initiations de traitement étaient définies par une délivrance précédée d’une absence de délivrance dans les deux années précédentes. Les tendances temporelles d’utilisation et d’initiation entre 2012 et 2025 ont été décrites, ainsi que les caractéristiques sociodémographiques et médicales des femmes initiant un THM en 2024, les modalités de prescription (type de THM, voie d’administration, spécialité du prescripteur) et les variations territoriales. Afin de comparer ces caractéristiques par rapport à la population, chaque femme initiant un THM entre 2012 et 2024 a été appariée à 1 à 3 femmes non utilisatrices à la date d’initiation (date index), selon l’année de naissance.

 

Résultats

Utilisation du THM en France — En 2025, 496 245 femmes utilisaient un THM en France, représentant 2,5% des femmes de plus de 40 ans et 4,4% des femmes âgées de 45 à 60 ans. Après une diminution continue entre 2012 et 2022 (−46% chez les 45-60 ans), une augmentation de 24% est observée entre 2022 et 2025.
Initiations de traitement — En 2025, 132 397 femmes ont initié un THM, dont 81,5% étaient âgées de 45 à 60 ans. L’âge moyen à l’initiation était de 52 ans. La proportion de femmes initiant un THM parmi les 45-60 ans, divisée par deux entre 2012 et 2020, est revenue en 2025 à son niveau de 2012.
Profil des femmes initiant un THM en 2024 — Les femmes initiant un THM présentaient un profil socio-économique plus favorisé que les non-utilisatrices et un recours aux soins plus important, particulièrement par le gynécologue (72,1% des femmes ayant eu une consultation dans les 2 ans précédant l’initiation du THM contre 36,6% chez les non utilisatrices) et de participation aux dépistages des cancers. Elles présentaient moins de comorbidités, avec moins d’antécédents cardio-métaboliques et de cancers que les non utilisatrices (18,3% vs 22,9% et 2,9% vs 4,5% respectivement). Des disparités départementales étaient observées dans les taux d’initiation avec des taux plus élevés d’initiation dans le Sud, l’Ile-de-France et le Nord par rapport au Centre de la France, l’Ouest et les DROM.
Modalités de prescription—En 2024, le THM était majoritairement prescrit sous forme d’association estroprogestative (80,2% chez les 45-60 ans). La voie transdermique des estrogènes était prédominante (86,5 % chez les 45-60 ans). Les progestatifs les plus fréquemment associés étaient la progestérone ou la dydrogestérone (>90%). Les initiations étaient principalement réalisées par des gynécologues libéraux (51,4%), suivis par les généralistes (25,1%) avec des disparités départementales importantes de cette proportion sur le territoire.
Caractéristiques selon la voie d’administration—En 2024, les femmes traitées par voie orale étaient plus jeunes, appartenaient à des catégories socio-économiques moins favorisées et présentaient davantage de facteurs de risque cardiovasculaire. La voie orale était plus souvent associée à des progestatifs synthétiques que la voie transdermique.

 

Conclusion

Après deux décennies de diminution, les initiations de THM en France augmentent depuis 2020, principalement chez les femmes de 45 à 60 ans avec toutefois un niveau global d’utilisation qui reste contenu (4,4%). Plusieurs indicateurs témoignent d’une évolution des pratiques : augmentation de la proportion de THM contenant un estrogène administré par voie transdermique, de progestérone micronisée ou dérivé, et durées moyennes de traitement inférieures à 3 ans. Ces résultats pourraient traduire une certaine prudence des prescripteurs, dans un contexte où les données actuelles ne permettent pas de recommander une durée optimale et où les préoccupations liées aux risques du THM restent présentes, malgré l’évolution des connaissances. Toutefois, plusieurs observations soulèvent des préoccupations : le recours persistant à la voie orale chez les femmes issues de milieux socio-économiques moins favorisés, qui présentent par ailleurs davantage de comorbidités cardio-métaboliques, et la proportion d’utilisatrices d’estrogènes seuls, élevée au regard de celle des femmes hystérectomisées, suggérant un usage chez des femmes avec utérus intact, en contradiction avec les recommandations.

Dans un contexte d’incertitudes persistantes, en particulier pour le risque de cancer du sein, et malgré la confirmation en 2025 par la HAS de la place du THM dans la prise en charge des troubles symptomatiques du climatère et dans la prévention de l’ostéoporose post-ménopausique, ces données permettent d’évaluer l’impact des recommandations sur les pratiques. Des études complémentaires restent toutefois nécessaires pour évaluer ses effets à court et long terme sur la santé des femmes dans le contexte français.

Rapport

Étude de l’utilisation du traitement hormonal de la ménopause en France entre 2012 et 2025 à partir des données du Système National des Données de Santé