Implants de renfort pariétal : Utilisation en France entre 2014 et 2024
Contexte
Les hernies abdominales, inguinales et fémorales correspondent à la protrusion du péritoine accompagné ou non d’élément(s) du contenu abdominal à travers une zone de faiblesse pariétale, favorisée notamment par l’âge, les antécédents chirurgicaux et les situations d’hyperpression intra-abdominale. Leur fréquence est en augmentation à l’échelle mondiale, avec plus de 32,5 millions de cas et plus de 20 millions d’interventions annuelles. Le traitement est chirurgical, par voie ouverte ou par laparoscopie, avec le recours possible à des implants de renfort pariétal. Ces dispositifs médicaux (DM) implantables se présentent sous la forme de filets à mailles souples. Reclassés comme DM à haut risque (classe III) en 2017, ces implants font l’objet d’une surveillance renforcée par l’ANSM. Un contexte récent d’augmentation des signalements de matériovigilance concernant des complications post-chirurgicales, a conduit à des actions concertées, afin d’évaluer les risques, de renforcer la sécurité et améliorer l’information des patients.
Objectifs
L’objectif de ce travail est de dénombrer, à l’échelle nationale, à partir des données du Système National des Données de Santé (SNDS), l’ensemble des cures de hernies (abdominales primaires, abdominales incisionnelles (ou éventrations), inguinales et fémorales) réalisées en France entre 2014 et 2024, et de décrire leurs caractéristiques selon la pose ou non d’un implant de renfort pariétal.
Méthodes
Cette étude de cohorte descriptive a été réalisée à partir du SNDS, qui couvre l’ensemble de la population résidant en France. Elle a inclus l’ensemble des personnes âgées de 18 ans et plus, résidant en France métropolitaine ou dans les départements et régions d’outre-mer (DROM), hospitalisées pour une cure de hernie (abdominale primaire ou incisionnelle, de hernie inguinale ou fémorale) entre le 1er janvier 2014 et le 31 décembre 2024. Les cures de hernie ont été identifiées par des codes CCAM (Classification Commune des Actes Médicaux) indiquant la pose ou non d’un implant (sauf pour les hernies fémorales), sans permettre d’en distinguer les caractéristiques (nom commercial, dimensions, composition). En effet, depuis 2009, les implants sont inclus dans le forfait hospitalier et ne bénéficient plus de codes spécifiques. Les analyses ont consisté à décrire les évolutions annuelles du nombre d’interventions de chaque type de cure de hernie entre 2014 et 2024 ainsi que la part de pose d’implant de renfort. Les caractéristiques sociodémographiques (âge, sexe, affiliation à la Complémentaire Santé Solidaire (C2S), indice de désavantage social), les facteurs de risque majeurs de hernie (obésité, tabagisme, antécédents chirurgicaux à risque), les antécédents médicaux (maladies cardiovasculaires, diabète, cancers, autres), ainsi que les caractéristiques liées au séjour hospitalier (prise en charge en urgence, secteur de l’établissement public/privé, durée du séjour, abord ‒ voie ouverte ou laparoscopie ‒, type d’anesthésie) ont également été décrits par type de cure de hernie et selon la pose ou non d’implant de renfort pariétal.
Résultats
Entre 2014 et 2024, 2 599 552 cures de hernie ont été réalisées en France incluant 645 613 cures de hernie abdominale primaire (24,8%), 435 385 cures de hernie abdominale incisionnelle (16,8%), 1 492 898 cures de hernie inguinale (57,4%), et 25 656 cures de hernie fémorale (1,0%).
Le nombre annuel de cures a augmenté au cours du temps (passant de 52 918 en 2014 à 67 927 en 2024 (+28,3%) pour les hernies abdominales primaires, de 38 703 à 41 379 (+6,9%) pour les hernies abdominales incisionnelles et de 131 882 à 148 315 (+12,5%) pour les hernies inguinales). Le nombre de cures de hernie fémorale était relativement stable (de l’ordre de 2 000-2 500 par an). Néanmoins, nous n’avons pas pu identifier dans le SNDS toutes les cures de hernie fémorale, car ces dernières peuvent être opérées simultanément avec une hernie inguinale sans être codées. Une baisse notable a été observée en 2020 pour l’ensemble des cures de hernie (période de COVID-19).
L’anesthésie générale était la technique la plus largement utilisé sur la période, quel que soit le type de cure, dans plus de 9 cas sur 10. La grande majorité des cures de hernies abdominales avait été réalisée par voie ouverte (de l’ordre de 83% pour les hernies primaires et incisionnelles), alors que l’utilisation de la laparoscopie concernait 44,6% des cures de hernie inguinale. La part de la laparoscopie a augmenté au cours du temps (passant de 15,8% en 2014 à 18,1% en 2024 pour les cures de hernie abdominale primaire, de 13,6% à 20,2% pour les cures de hernies abdominale incisionnelle, et de 36,3% à 53,9% pour les cures de hernie inguinale).
La part des cures réalisées avec l’utilisation d’un implant de renfort pariétal a également augmenté : en 2024, elle représentait 49,8% des cures de hernie abdominale primaire (contre 48,9% en 2014) (72,1% des cures de hernie abdominale primaire sans acte chirurgical associé ‒ tel que la cholécystectomie ou l’appendicectomie ‒, contre 64,6% en 2014), 75,2% des cures de hernie abdominale incisionnelle (contre 70,4% en 2014), et la quasi-totalité des cures de hernie inguinale (96,8%, contre 92,4% en 2014).
Les cures de hernies abdominales primaires et inguinales étaient plus souvent prises en charge dans le secteur privé (57,4% et 56,8%). Les cures de hernies abdominales incisionnelles et fémorales identifiables étaient plus souvent prises en charge dans le secteur public (50,4% et 58,2%), avec un séjour hospitalier plus long.
La prise en charge en urgence était minoritaire dans le cas des cures de hernies abdominales primaires et incisionnelles (12,3 et 13,2%), et inguinales (6,7%). En revanche, 49,9% des cures de hernies fémorales identifiables étaient prises en charge en urgence. Elle était beaucoup plus fréquente dans le cas de cures réalisées sans implant de renfort pariétal : 17,6% pour les cures de hernie abdominale primaire (contre 6,9% avec implant), 24,2% pour les cures hernie abdominale incisionnelle (contre 9,1%), et 31,8% pour les cures de hernie inguinale (contre 5,3%).
Une prédominance masculine était observée pour les cures de hernies abdominales primaires et inguinales (56,2% et 88,7%, respectivement), et féminine pour les cures de hernies abdominales incisionnelles (54,7%) et fémorales identifiables (69,2%). Dans le cas des cures avec pose d’un implant, la proportion d’hommes était de 61,6 % pour les hernies abdominales primaires (contre 50,9% en l’absence de pose d’implant), 46,8% pour les hernies abdominales incisionnelles (contre 41,3%) et 89,5% pour les hernies inguinales (contre 74,3%).
L’âge au moment de la cure était de 56 ans en médiane pour les hernies abdominales primaires, de 64 et 65 ans pour les hernies abdominales incisionnelles et inguinales, et de 72 ans pour les hernies fémorales identifiables. Dans le cas des cures avec pose d’un implant, la part des 80 ans et plus était de 5,2% pour les hernies abdominales primaires (contre 7,0% en l’absence de pose d’implant), 10,2% pour les hernies abdominales incisionnelles (contre 15,9%) et 12,2% pour les hernies inguinales (contre 23,9%).
La prévalence de l’obésité était de 11,9% pour les cures de hernie abdominale primaire, 24,8% pour les cures de hernie abdominale incisionnelle, 2,7% pour les cures de hernie inguinale, et 2,8% pour les cures de hernie fémorale identifiables. La prévalence du tabagisme était de 10,4%, 15,5%, 7,8% et 8,9%, respectivement. Dans le cas des cures avec pose d’implant, sa prévalence était de 12,4% pour les hernies abdominales primaires (contre 11,3% en l’absence d’implant), de 24,9% pour les hernies abdominales incisionnelles (contre 24,6%), et de 2,6% pour les hernies inguinales (contre 4,1%).
Conclusions
Cette étude en vie réelle, réalisée à partir des données exhaustives du SNDS, a permis de dresser un panorama détaillé et représentatif des cures de hernies de la paroi abdominale, y compris celles impliquant la pose d’implant de renfort pariétal, au cours de la dernière décennie. Elle a permis de décrire les pratiques actuelles, leurs évolutions dans le temps ainsi que les éventuelles disparités, offrant ainsi une vision globale et actualisée de la prise en charge chirurgicale France. Une seconde étude, menée par le GIS EPI-PHARE (ANSM-CNAM), sera menée dans la continuité de ce travail et s’intéressera au suivi post-chirurgical des patients opérés avec ou sans pose d’un implant de renfort pariétal.
Description des cures de hernies abdominale, inguinale et fémorale réalisées entre 2014 et 2024, avec ou sans pose d’implant de renfort pariétal