Effet sur la survie globale de la co-exposition au vaccin à ARN messager contre le COVID-19 chez des patients traités par inhibiteurs de PD-(L)1
L’efficacité des anti-PD-(L)1 renforcées par les vaccins ARNm contre le COVID-19 ?
Les inhibiteurs de points de contrôle immunitaire (en particulier les anti-PD-(L)1) sont utilisés depuis une dizaine d’années dans différents types de cancers. Ils ont permis d’améliorer la survie des patients.
Des travaux récents suggèrent que certaines stimulations immunitaires externes pourraient renforcer leur efficacité via un boost immunitaire. Une étude sur une petite cohorte de patients atteints de cancer bronchique non à petites cellules ou de mélanome a été publiée dans la revue Nature par Grippin et al.[1] Elle montre que recevoir un vaccin ARNm contre le COVID-19 dans les 100 jours précédant ou suivant le début du traitement par anti-PD-(L)1 était associé à une amélioration majeure de la survie. Le risque de décès est réduit de 50% à 65%.
Une étude sur 31 000 patients à partir du SNDS
Afin d’évaluer si cette association était observée à l’échelle populationnelle, nous avons mené une étude à partir du Système national des données de santé (SNDS). Nous avons inclus l’ensemble des patients ayant débuté un traitement par anti-PD-(L)1 en 2021 et 2022. Ils ont été suivis jusqu’au 31 juillet 2025. Nous avons comparé les patients ayant reçu un vaccin à ARNm contre le COVID-19 dans les 3 mois précédant ou suivant le début du traitement (groupe co-exposé) à des patients n’ayant pas été vaccinés sur cette même période (groupe non co-exposé). Les deux groupes ont été appariés sur l’âge, le sexe, le trimestre d’initiation et l’indication médicale.
Une réduction relative du risque instantané de décès de 9 %
Nous avons inclus 30 898 patients (15 449 dans chaque groupe) atteints de différents cancers, principalement bronchiques, mais aussi de mélanome, cancers ORL, rein, foie ou vessie. Au cours du suivi, 67,3 % des patients co-exposés sont décédés, contre 70,5 % des patients non co-exposés, soit une réduction relative du risque instantané de décès de 9 % (hazard ratio pondéré 0,91 ; intervalle de confiance à 95 % 0,88-0,93). Des résultats similaires ont été observés quel que soit le type de cancer et dans différentes analyses complémentaires.
Discussion
Dans cette grande étude nationale, l’exposition à un vaccin à ARNm contre le COVID-19 dans les trois mois précédant ou suivant le début d’un traitement anti-PD-(L)1 était associée à une amélioration modeste de la survie. L’ampleur de l’association observée dans notre étude est nettement plus faible que celle rapportée précédemment. Cela s’explique probablement par des différences de méthodes, tailles de population et de représentativité des patients.
Bien que ces résultats soient cohérents avec l’hypothèse d’un effet immunomodulateur des vaccins à ARNm, l’ampleur de l’association observée ne paraît pas suffisante, à ce stade, pour justifier une modification du calendrier vaccinal par rapport à la mise en place d’un traitement par anti-PD-(L)1. Des études prospectives, notamment des essais cliniques randomisés, seront nécessaires pour confirmer cet effet et préciser le moment optimal de cette co-exposition.
[1] Grippin, A.J., Marconi, C., Copling, S. et al. SARS-CoV-2 mRNA vaccines sensitize tumours to immune checkpoint blockade. Nature 647, 488–497 (2025). https://doi.org/10.1038/s41586-025-09655-y
Jourdain, H. et al. (2026), Annals of Oncology