Le 27 août 2026

La vasectomie en France entre 2010 et 2025

État des lieux de la pratique de la vasectomie en France entre 2010 et 2025. À partir des données du système national des données de santé (SNDS)

Contexte

Le paysage contraceptif français a connu des évolutions marquées au cours de la dernière décennie. Une étude EPI-PHARE (Poncet et al., Lancet Regional Health – Europe, 2025) menée à partir des informations issues des données du SNDS a montré qu’entre 2012 et 2022, alors que la prévalence globale du recours à la contraception restait stable chez les femmes de 15 à 49 ans (47 % en 2012 contre 46 % en 2022), l’usage de la contraception orale combinée a chuté d’un tiers (de 54 % à 35 % des utilisatrices). Cette baisse s’est accompagnée d’un doublement du recours au stérilet au cuivre (12 % à 21 % des utilisatrices) et à la pilule progestative seule (10 % à 19 %), traduisant un mouvement de fond vers des méthodes de longue durée, non ou moins hormonales.

 

L’évolution des méthodes contraceptives féminines ne peut se lire indépendamment de la vasectomie autorisée depuis 2001 en France : méthode masculine, définitive et non médicamenteuse, elle constitue au sein des couples un choix de substitution aux autres méthodes, et son évolution est donc susceptible d’influer en retour sur le recours à la contraception médicamenteuse. Un état des lieux de cette pratique en France a été réalisé en 2024 sur la période 2010-2022. L’objectif de la présente étude est d’actualiser ces résultats avec des données plus récentes, jusque fin 2025.

 

Méthode

Sur la base du Système National des Données de Santé (SNDS), nous avons extrait l’ensemble des actes remboursés de vasectomie chez les hommes de 18 à 70 ans, de tout régime d’assurance maladie, entre 2010 et 2025 (codes actes CCAM JHSA001 et JHSB001). Pour chaque année, nous avons décrit les caractéristiques sociodémographiques de ces hommes (âge, quintile de l’indice de défavorisation de la commune ou arrondissement de résidence, affiliation à la complémentaire santé solidaire [CSS], région et département de résidence), ainsi que les recours aux soins liés à l’intervention (consultations d’urologie avant et après intervention, actes de conservation de gamètes, spermogramme de contrôle post-intervention, acte de réversibilité, consommation d’anesthésiques et d’antalgiques dans les 3 à 12 mois après vasectomie). Les résultats sont présentés sous la forme d’un tableau d’effectifs et de pourcentages pour les variables catégorielles, de moyennes, écart-types, médianes, 1er quartile (Q1) et 3ème quartile (Q3) pour les variables numériques. Nous avons rapporté le nombre de vasectomies réalisées pour 100 000 habitants et avons estimé des taux de recours standardisés sur l’âge et des ratios standardisés de recours (ratio observé / attendu comparativement au taux de recours moyen en France entière) selon le département de résidence, présentés sous forme de cartes.

 

Résultats

Entre 2010 et 2025, 275 683 vasectomies ont été réalisées en France chez des hommes de 18 à 70 ans. Cette pratique, qui ne concernait que 2150 hommes en 2010 (11/100 000 habitants), s’est peu à peu diffusée pour atteindre 32 172 hommes en 2022 (158/100 000) puis 57 666 hommes en 2025 (280/100 000).
Après avoir diminué depuis 2010, l’âge médian au moment de l’intervention s’est stabilisé à 40 ans (Q1-Q3 : 37-45) depuis 2021 (versus 43 ans [Q1-Q3 : 39-48] en 2010). Au total, seuls 2,5 % des hommes ayant eu recours à la vasectomie sur la période bénéficiaient de la CSS, très en-deçà de sa part dans la population générale, traduisant un recours socialement contrasté à cette intervention. Il existait pour la pratique de la vasectomie une sous-représentation du quintile le plus défavorisé (17,8%) et celui le plus favorisés (15,5%). Il semble y avoir un moindre recours dans les populations de quartiers les plus favorisés et celles de quartiers le plus défavorisés et les classes moyennes sont le plus concernées

 

Les disparités territoriales restent marquées : les trois départements où le recours est le plus élevé en 2025 sont la Vendée (taux standardisé de 578/100 000), la Loire-Atlantique (573/100 000) et le Maine-et-Loire (565/100 000). À l’inverse, les départements d’outre-mer et d’Île-de-France présentent les taux de recours les plus faibles (inférieurs ou proches de 100/100 000).

 

Concernant le parcours de soins, 74 % des hommes ont réalisé le spermogramme de contrôle post-intervention recommandé, un chiffre en constante augmentation : 57,9% en 2010, 72,8% en 2019 et 76,6% en 2024. Le délai médian entre l’intervention et le spermogramme était en revanche de 8,4 mois (7.5-10.5), contre 3 mois selon les recommandations. 7,5 % ont eu recours à une conservation de gamètes avant ou après l’intervention. Les actes de réversibilité restent marginaux (0,2%). Environ un tiers des hommes (34,9%) sont allés consulter un urologue post intervention, dans un délai médian de 8 (4-11) mois. Dans 99,1% des cas, l’acte chirurgical de vasectomie était unique, une reprise chirurgicale codant le même acte était retrouvée pour 2569 hommes (0,9%), deux reprises et plus pour 39 hommes. Concernant les délivrances d’antalgiques (liées ou non à la vasectomie) dans les 3 à 12 mois post-intervention, 9,5% des hommes avaient reçu deux délivrances, 3,9% trois délivrances et 3,8% 4 délivrances ou plus. L’utilisation d’anesthésiques locaux dans les 3 à 12 mois post-intervention était limitée à 2,2% de la population.

 

Conclusions

Depuis notre dernier état des lieux portant sur les données 2010-2022, le recours à la vasectomie a poursuivi sa progression en France, pour atteindre 57 666 hommes en 2025 (280/100 000 habitants), [incidence multipliée par 1,8 depuis 2022] alors que la tendance mondiale du recours à cette pratique contraceptive est à la baisse. Cette hausse s’accompagne de disparités sociales (recours plus élevé dans la classe moyenne et recours moindre chez les bénéficiaires de la CSS et dans les populations des quartiers les plus favorisés ou les plus défavorisés) et territoriales (surreprésentation en Pays de la Loire, sous-recours en Île-de-France et régions ultramarines). Les ressorts de cette évolution du choix contraceptif restent à documenter par des études sociologiques dédiées.

Rapport

État des lieux de la pratique de la vasectomie en France entre 2010 et 2025. À partir des données du système national des données de santé (SNDS)